La mobilité entrante au Maroc : flux, déséquilibres et leviers pour les établissements

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En bref. Ce guide sur mobilité étudiante répond à 8 questions concrètes que se posent les fondateurs et les directions d'établissements privés au Maroc.
La mobilité entrante désigne l'accueil au Maroc d'étudiants étrangers, qu'ils viennent préparer un diplôme complet ou passer un semestre d'échange dans le cadre d'un partenariat.
Le Maroc s'est imposé comme une destination d'études pour l'Afrique. Les chiffres de l'UNESCO montrent pourtant un autre visage : la mobilité étudiante y reste très déséquilibrée, avec bien plus de départs que d'arrivées.
Pour un établissement d'enseignement supérieur, la mobilité entrante dépasse la question du recrutement. Elle conditionne les partenariats, les accréditations internationales et l'ouverture des étudiants marocains eux-mêmes.
Nous faisons le point sur ses deux formes, sur les flux et leurs déséquilibres, puis sur les leviers d'action. Pour les profils et les pays d'origine, voir notre article sur les étudiants internationaux.
Quelles formes de mobilité entrante ?
| Mobilité diplômante | Mobilité d'échange (de crédits) | |
|---|---|---|
| Définition | L'étudiant s'inscrit au Maroc pour y obtenir un diplôme | L'étudiant passe un semestre ou une année au Maroc et valide des crédits dans son université d'origine |
| Durée | Un cycle complet (licence, master, doctorat) | Quelques semaines à un an |
| Exemples | Étudiants subsahariens boursiers ou payants | Étudiants européens en Erasmus+, échanges entre écoles de commerce |
| Mesure | Statistiques de l'UNESCO et du ministère | Données des programmes (Erasmus+) et des établissements |
| Enjeu pour l'établissement | Revenus, effectifs, diversité | Partenariats, réciprocité, classements et accréditations |
Combien d'étudiants étrangers au Maroc ?
- Taux de mobilité entrante : 2 % des étudiants inscrits au Maroc sont internationaux.
- Taux de mobilité sortante : 5 % des étudiants marocains étudient à l'étranger.
- Solde : environ 50 000 étudiants de plus partent qu'il n'en arrive.
- Dynamique : +4 % d'entrants entre 2020 et 2023, contre +20 % de sortants.
D'où viennent les étudiants étrangers ?
| Pays | Étudiants | Évolution 2020-2023 |
|---|---|---|
| Gabon | 2 914 | +91 % |
| Mali | 1 985 | -31 % |
| Côte d'Ivoire | 1 538 | -20 % |
| Sénégal | 1 501 | +9 % |
| Mauritanie | 1 451 | +6 % |
Les dix premiers pays, presque tous africains, représentent 56 % des entrants. La France n'arrive qu'au 22e rang, avec 282 étudiants en mobilité diplômante. La carte complète est dans notre article sur les étudiants internationaux.

Où partent les étudiants marocains ?
| Pays | Étudiants | Évolution 2020-2023 |
|---|---|---|
| France | 35 458 | +8 % |
| Allemagne | 5 301 | +21 % |
| Ukraine | 5 112 | -11 % |
| Espagne | 4 339 | +60 % |
| Canada | 3 750 | +69 % |
La France accueille à elle seule 47 % des étudiants marocains partis à l'étranger. Selon les données françaises, 42 015 étudiants marocains y étaient inscrits en 2024-2025, de plus en plus dans les écoles de commerce (+43 % en cinq ans) et d'ingénieurs (+16 %).
Pour un établissement marocain, ces départs sont aussi une concurrence directe : chaque étudiant qui part est un étudiant qui n'a pas trouvé au Maroc l'offre qu'il cherchait.
Comment fonctionne la mobilité d'échange Erasmus+ ?
| Année | Europe vers Maroc | Maroc vers Europe |
|---|---|---|
| 2015 | 282 | 906 |
| 2016 | 363 | 857 |
| 2017 | 535 | 888 |
| 2018 | 590 | 896 |
| 2019 | 766 | 1 143 |
| Total 2015-2019 | 2 536 | 4 690 |
- Les mobilités de l'Europe vers le Maroc ont été multipliées par 2,7 en cinq ans.
- 627 projets de mobilité impliquant le Maroc ont été sélectionnés entre 2015 et 2019.
- Le Maroc est le deuxième pays partenaire du sud de la Méditerranée pour les masters conjoints Erasmus Mundus : 181 étudiants marocains boursiers et 20 universités marocaines partenaires associées.
- Le programme ESRIM, signé en juillet 2024 avec l'Union européenne, mobilise 490 millions de dirhams en appui au plan national PACTE ESRI 2030.

Pourquoi la mobilité entrante reste-t-elle faible ?
- Offre en anglais encore limitée, alors que la mobilité internationale se fait de plus en plus en anglais.
- Reconnaissance des crédits : la réforme LMD et la validation en crédits facilitent les échanges, mais tous les établissements ne les ont pas encore organisés.
- Logement et accueil : peu de résidences et de services dédiés aux étudiants internationaux.
- Démarches administratives : visas, titres de séjour et inscriptions à simplifier.
- Visibilité : peu d'établissements présents dans les réseaux et salons internationaux.
Quels leviers pour les établissements ?
| Levier | En pratique |
|---|---|
| Accords d'échange | Partenariats bilatéraux et projets Erasmus+ de mobilité internationale de crédits, avec réciprocité |
| Offre en anglais | Un semestre complet de cours en anglais ouvert aux étudiants d'échange |
| Programmes courts | Écoles d'été, semaines thématiques, programmes sur l'Afrique et la Méditerranée |
| Doubles diplômes | Avec des universités européennes, africaines ou américaines |
| Bureau international | Guichet unique : candidature, logement, visa, accueil, suivi académique |
| Reconnaissance des crédits | Contrats d'études, relevés de notes en crédits, supplément au diplôme |
Les profils clés : responsable relations internationales et chargé de recrutement international. La mobilité entrante compte aussi dans les accréditations internationales, en particulier EQUIS.
En pratique : une école de commerce à Marrakech
Cas type : une école de 1 400 étudiants envoie 120 étudiants en échange chaque année mais n'en reçoit que 15 ; ses partenaires menacent de réduire les places.
- Création d'un semestre « Business in Africa » entièrement en anglais.
- Partenariat avec une résidence et un programme de parrainage par des étudiants locaux.
- Candidature à un projet Erasmus+ de mobilité de crédits avec deux universités européennes.
- Objectif : 60 étudiants entrants par an en trois ans, pour équilibrer les échanges.

Les indicateurs à suivre
- Nombre d'étudiants entrants en mobilité diplômante et en échange.
- Ratio entrants / sortants dans les accords d'échange.
- Nombre de partenaires actifs et de projets Erasmus+.
- Nombre de cours et de crédits proposés en anglais.
- Satisfaction des étudiants entrants.
Comment construire un programme d'accueil pour étudiants en échange ?
Les étudiants en échange restent un semestre ou une année. Pour qu'ils choisissent l'établissement et en parlent bien à leur retour, l'offre doit être lisible et organisée.
| Élément | Contenu |
|---|---|
| Catalogue de cours | Liste des cours ouverts aux étudiants en échange, langue, crédits, semestre |
| Calendrier | Dates d'arrivée, de cours, d'examens, compatibles avec celles des partenaires |
| Accueil | Journée d'intégration, référent, parrainage par un étudiant local |
| Logement | Liste de solutions vérifiées ou réservation dans une résidence |
| Démarches | Aide pour le séjour, l'assurance, l'ouverture d'un compte |
| Fin de séjour | Relevé de notes délivré rapidement, évaluation du séjour |
Le relevé de notes en retard est l'une des premières causes de mécontentement des universités partenaires. Fixez un délai et tenez-le.
Questions fréquentes : Mobilité étudiante
Combien d'étudiants étrangers accueille le Maroc ?
25 252 en mobilité diplômante en 2023 selon l'Institut de statistique de l'UNESCO, soit 2 % des étudiants inscrits au Maroc. Les étudiants en échange de courte durée s'y ajoutent.
Le Maroc reçoit-il plus d'étudiants qu'il n'en envoie ?
Non. En 2023, 75 186 étudiants marocains étudiaient à l'étranger, soit environ trois fois plus que les étudiants internationaux accueillis au Maroc.
Un établissement privé peut-il participer à Erasmus+ ?
Oui, à condition de nouer un partenariat avec un établissement européen porteur du projet. Les règles d'éligibilité évoluent : il faut les vérifier à chaque appel à propositions.
Peut-on faire un master Erasmus+ au Maroc ?
Les établissements marocains participent à Erasmus+ par des échanges de semestre et des partenariats ; un étudiant passe alors une période d'études dans l'établissement partenaire, selon les accords signés.
Faut-il des cours en anglais pour accueillir des étudiants en échange ?
Un bloc de cours en anglais élargit le nombre de partenaires possibles. Les cours en français attirent aussi des étudiants de pays francophones ou désireux de pratiquer la langue.
Comment équilibrer les échanges avec un partenaire ?
En suivant chaque année le nombre d'étudiants envoyés et reçus, et en ajustant l'offre ou la promotion auprès du partenaire quand le déséquilibre persiste.
Conclusion
La mobilité entrante progresse lentement au Maroc, quand la mobilité sortante accélère. Ce déséquilibre est un défi, mais aussi une place à prendre pour les établissements qui s'organisent. Les leviers sont connus : accords d'échange réciproques, offre en anglais, programmes courts, accueil soigné et reconnaissance des crédits. Le plus sûr est de commencer par un diagnostic de vos partenariats actuels et une offre d'accueil crédible.
- Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l'Innovation — site officiel
- Commission européenne — Programme Erasmus+
- Campus France — Fiche mobilité Maroc (octobre 2025), d'après l'Institut de statistique de l'UNESCO
- Commission européenne — Erasmus+ pour l'enseignement supérieur au Maroc (fiche 2019)
- TelQuel — Enseignement supérieur : le Maroc renforce sa coopération avec l'Union européenne (juillet 2024)
- L'Economiste Campus — Vous hésitez à faire vos études au Maroc ? (avril 2024)